Après une formation aux arts et métiers, Laurent Lebrun s'est investi auprès de nombreux projets afin d'obtenir l' expérience nécessaire pour reprendre Locker. Doté d'un esprit curieux et innovant, cet entrepreneur cultive le goût du savoir faire, et du travail de qualité... A travers ses diverses expériences, il nous fait part de ses découvertes, ses inventions et ses difficultés d'entrepreneur. Interview Laurent Lebrun,Locker FABRICATION D'OUTILLAGE MECANIQUE
Pourriez vous nous présenter votre entreprise ?
La société Locker a aujourd’hui 50 ans d’existence, et je l’ai reprise il y a 5 ans. C’est une entreprise de petite taille, et lorsque j ai repris Locker il y avait seulement 2 ouvriers et une secrétaire à mi-temps. Nous fabriquons des supports magnétiques de comparateur de très haute qualité. Ils sont vendus dans toute l’Europe via un réseau de distributeurs de fournitures industrielles. Le principe de Locker c’est de faire un produit de qualité, reconnu par les utilisateurs et leur permettant de travailler dans de très bonnes conditions. Nos produits sont assez chers, mais c'est aussi parce qu'ils sont d'excellente qualité.("Nous sommes les plus chers du monde mais aussi les meilleurs du monde"). Quand j'ai repris l'entreprise, Locker ne ne faisait plus d’actions commerciales depuis 15 ans et continuait à vendre, j ai donc pensé très vite que ses produits étaient de très bonne qualité.
Comment vous êtes-vous fait connaitre ?
J'ai entrepris une tournée des distributeurs pour relancer les ventes. Néanmoins, les ventes ont mis du temps à remonter, j'ai donc repris une 2ème entreprise que j'ai complètement intégré à l'équipe actuelle. A présent notre équipe est plus complète et moins sensible aux absences.
Vous avez participé à une conférence à l'IAE, sur le thème : Est-il plus facile de reprendre que de créer une entreprise ? Pouvez répondre à cette question s'il vous plait ?
L'avantage de la reprise c'est de prendre un train en marche. Cependant, racheter une entreprise qui fonctionne coûte souvent plus cher qu'une création. Néanmoins, l'argent que vous n'investissez pas à la création, vous devrez le placer dans le lancement commercial un peu plus tard. Au final le coût est a peu près équivalent, mais vous aurez sans doute plus de facilité à reprendre qu'a créer.
A qui s'adresse principalement l'entreprise Locker? Quels types de clients et quels produits ?
Les supports magnétiques de comparateur sont utilisés dans tous les ateliers d’usinage mécanique du monde.. c'est donc un outil indispensable à cette profession. Nous avons développé 3 secteurs d'activité : les supports de comparateurs, l'usinage mécanique de sous-traitance et des machines destinées aux laboratoires pour la papeterie. Je possède également les compétences pour aider mes clients à réaliser et concevoir leurs machines. Aujourd’hui l’action commerciale concerne la création d’un support universel (le cobra) pour les laboratoires de physique, de chimie et de biologie. Celui ci remplace un vieil instrument avec une tige en acier et des noix de fixation. Il est composé d'un bras qui peut s'articuler dans tous les sens et qui se fixe à l' aide d'une ventouse sur la table. Cet outil est en plein développement, il a reçu le prix Artinov en 2006.
Qu'est ce qui vous a intéressé/motivé dans ce projet ?
Les Arts et Métiers m'ont mené directement à ce secteur d'activité. C'est dans cette école que j'ai développé une passion pour la matière et le faire. J'ai donc trouvé une entreprise dans la fabrication mécanique. Mais être mon propre patron, être le seul a prendre des décisions a été un autre facteur de motivation.
Pour vous quelles sont les difficultés en tant que petit entrepreneur?
Selon moi, la principale difficulté reste la jungle administrative et ses méandres. J'ai donc confié toute cette partie à une expert comptable.
Comment voyez vous l'avenir de votre entreprise ? Quel est votre objectif de développement pour 2008 ?
Mon premier projet sera de développer et lancer "le cobra" (bras articulé) durant l'année 2007/2008. D'autre part, je dispose de deux autres projets qui ont été proposés au pôle de compétitivité mécanique "via méca". Je souhaite créer un autre bras articulé destiné au domaine médical. Celui ci comporte d'autres contraintes telle que sa stérilisation à 138° pendant 20 minutes. Les test préliminaires se sont bien passés, je suis donc plein d'espoir. D'autre part, je suis en train d'élaborer un driftomètre automatique c'est à dire un appareil qui sert à mesurer la quantité de neige transportée par le vent. Dans les stations de ski il est utile pour estimer les risques d’avalanches et les déclencher de faàon préventive. Jusqu'à présent il existait un instrument de ce type mais très manuel qui obligeait à relever les sacs de neige tous les jours. J'ai donc eu l'idée de créer un outil automatique qui facilitera la vie des responsable de la sécurité des stations. Néanmmoins je dois encore réflechir au coté commercial et marketing. J'ai aussi d'autre projets de croissance externe, mais je préfère les garder secrets pour le moment.
2) Métier
En quoi consiste votre métier?
Je m 'occupe de toute la partie gestion financière, le technique et l'organisation de production. Toutefois, si il y a quelque chose que personne ne peut faire à ma place c’est le commercial. Dans une petite structure comme la notre c'est indipensable. Cependant je délègue la partie comptabilité et la relance administrative.
Vous avez été lauréat en 2002 d'Isère Entreprendre. Vous avez reçu le prix Artinov 2006 de la Chambre des Métiers et de l'Artisanat de Grenoble pour la création du Cobra. Qu'est ce qui vous passionne et vous intéresse le plus ? S'agit -il du coté inventif que vous avez su développer ?
L'invention me passionne... Je développe une innovation chaque année, ce qui permet d'animer mon réseau de distributeurs et d'ouvrir des marchés. En ayant cet état d'esprit, j'ai changé l'image de l'entreprise en montrant que Locker est redevenue dynamique.. Les distributeurs vendent plus facilement du Locker s'ils savent qu' il y a quelqu 'un d'efficace derrière. J'aime aussi la partie technique et le lancement commercial, il se fait aussi parfois un peu au feeling.... Dans ce métier ce qui est intéressant c'est qu'il faut être capable de faire plusieurs choses en même temps.
Quel effet cela vous a fait d'être primé par la Chambre des Métiers ?
C'est avant tout une reconnaissance duproduit, qui vous permet d'avoir un raisonnement objectif. Avec l'habitude, j'arrive à ne plus apprécier autant mon produit, pourtant les gens continuent à me dire que c'est un outil joli et pratique... Les regards extérieurs et experts me permettent de me rassurer sur ses qualités, savoir que des gens croient en mon projet est inévitablement valorisant. D'autre part, la Chambre des Métiers et de l'Artisanat m'a donné un chèque qui constitue une aide précieuse pour le lancement commercial. Actuellement, j ai vendu 50 Cobra sur une période de 1 an, c'est progressif.. J espére pouvoir en vendre 150 la deuxième année mais je pense qu'on en est loin.
Quelle a été l'évolution des services que vous proposez ?
L'idée est de sortir un nouvel outil tous les ans hors du domaine de la mécanique afin de me diversifier. En 2003/2004, j ai pu observer une période de récession en mécanique mais à présent les mécaniciens vont plutôt mieux. Cependant il y a des tendances, comme celle de faire fabriquer des pièces en grande série dans les pays de l' Est. Mais on peut constater un effet de balancier, c'est à dire que certaines pièces partent pour revenir et les industries se relocalisent. Même si les médias en parlent beaucoup, il faut savoir que la délocalisation ne concerne en réalité que 2 % des emplois salariés. Alors, je préfère parler des 98% restant....
Quelle a été votre parcours?
J'ai suivi les Arts et Métiers qui forme des ingénieurs, à dominante mécanique. En début de carrière, j'ai été embauché pour faire une thèse dans le domaine de la thermique et de la conception de produits nouveaux. Puis, je suis rentré dans une petite entreprise comme ingénieur thésard, où je suis très vite devenu directeur technique. Quelques années après, l'entreprise a été vendue à une firme parisienne et je suis parti. Je suis rentré chez Schneider Electric dans le domaine de la très haute tension où j'ai fait du bureau d'étude, de l'industrialisation, et du management d' équipe. Au passage je suis rentré à l'école supérieur des affaires afin d'obtenir un certificat d'aptitude à l'administration des entreprises Lorsque la très haute tension a été revendu à un groupe autrichien, j' ai eu envie de partir. Schneider Electric m'a aidé à lancer mon projet et après 2 ans, je me suis lancé en rachetant Locker.
Quel a été votre plus grand succès ou fierté ? Votre plus grand échec ou déception ?
Il y a eu des projets très intéressant chez Shneider Electric. L'un d'eux concernait l'industrialisation de nouveaux produits, il a donc fallu adopter de nouvelles méthodes de travail. Le changement du système d'information touchait environ 600 personnes et nous avons quasiment reconstruit l'usine en quelques années. Pour Locker, il reste encore du chemin à parcourir car je n'ai pas encore atteint ce que je souhaitais. Néanmoins je reste très content de ce que j'ai fait et d'être toujours là après 5 ans. Comme je suis d'un naturel optimiste, je ne peux pas dire que je sois déçu, et puis dans ce métier "il faut être positif, sinon on meurt très vite".
Quels conseils pourriez vous donner au futurs entrepreneurs ? Y a t-il selon vous une façon méthodologique d'entreprendre ?
Je reste persuadé qu'il faut de l'expérience pour entreprendre. Après 5 ans de carrière, j' ai eu l'opportunité de m'investir dans la reprise ou la création mais je ne me sentais pas du tout armé pour le faire. Avec 10 ans d'expérience en plus, j'ai acquis une certaine maturité qui me permet de penser que c'est une bonne chose. Le fait d'avoir d'avoir travaillé tant dans un petite entreprise que dans un grand groupe m'a énormément appris. La base du management est de savoir tout faire et en général c'est assez délicat. Par exemple, je n'avais pas de compétence en commercial, j'ai donc du apprendre sur le tas. Le futur entrepreneur doit se poser plusieurs questions avant de débuter son projet: Est ce que mon entourage est d'accord pour que je m'engage dans cette voie ? Est-ce que j' en ai vraiment envie ? Est-ce que je suis fais pour l'entreprenariat ?
En effet, il fait savoir qu'on travaille beaucoup plus tout en gagnant beaucoup moins. D'autre part, certaines personnes peuvent se révéler très douées lorsqu'elles sont salariés et incompétentes comme patron. Pour ma part, je sais que je ne suis pas fait pour le salariat, avoir un chef sur le dos m'agace assez vite.
Quelles sont les qualités requises pour faire votre métier ? La tolérance: Le développement prend toujours plus de temps que on ne le croit. La perséverance: La maxime de Guillaume Le conquérant résume cette qualité essentielle : "Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour perservérer." La phrase est affichée dans mon bureau , ce n'est pas un hasard. Une grande sérénité : Lorsqu'on a des coups durs il ne faut pas surtout pas renoncer, il faut traiter les problèmes et continuer d'avancer. Il faut beaucoup d'opiniatreté. La notion de leader : il faut entrainer les gens avec vous et les convaincre. Toute l'équipe doit suivre.
Quel regard portez vous sur l'actualité, l'économie, les lois ?
Je suis attentif à l 'économie et à la dynamique qu'elle entraîne. Selon moi, ce n'est pas la politique qui crée de l'emploi, elle sert seulement à payer les fonctionnaires. C'est la valeur ajoutée qui permet d'embaucher et de règler les salaires. J'attend donc de Sarkozy qu'il donne une dynamique au pays afin qu'il réhabilite la valeur de travail. Cela permettra de faire rentrer davantage d'argent dans les caisses de l'état et de pouvoir le redristribuer. Le travail appelle le travail. Si les entreprises produisent moins, il y a moins d'argent et à terme moins d'emplois.
Quels effets les 35h ont sur votre entreprise ? Vous portent-elles préjudice au niveau de le productivité, ou de la motivation des employés ?
Les 35 heures ne me concernent pas, nous sommes à 38 heures 30. Les 3h30 supplémentaires sont donc payées avec une surcote de 10%. Cette situation m'exaspère car selon moi les 35h ont dévalorisé la valeur du travail. Les gens ne pensent pas à réaliser un travail mais seulement à travailler 35h. Je ne paie pas des gens qui font des heures mais plutôt du personnel qui travaille sur un projet. S'il y a une marge, tout le monde peut en bénéficier. Il serait bon de supprimer cette référence au temps de travail pour revenir à la notion de travail accompli.
Nicolas Sarkozy propose de créer une véritable parité dans les conseils d'administration des entreprises. Qu'en pensez vous?
Je ne me sens pas concerné par cette question. Vous faites référence aux très grosses entreprises et le débat sur les grands patrons ne m'intéresse pas. Je ne vous parle pas des gens du CAC 40 ni de ceux qui passent la télé.... je vous parle des gens qui vont au charbon tous les jours avec leurs sous, leurs entreprises. Je ne vois pas l'intérêt des conseils d'administrations. Et la parité ?? mais qu'est ce que vous voulez que ça change ??
|