| J’aimerais bien… mais il me faudrait une idée originale. Moi aussi j’y pense mais… je n’ai pas le temps en ce moment. Un jour, c’est sûr, je me lancerai, quand les enfants seront plus grands et que j’aurai fini de payer ma maison.
En 23 ans passés dans de grandes entreprises industrielles, aussi prestigieuses que ces énormes paquebots sur lesquels on peut faire le tour du monde en toute tranquillité, j’ai beaucoup appris et j’ai perdu quelques illusions. J’ai compris que pour continuer ma route je devais accepter d’aller là où le Commandant avait choisi d’aller, ou bien quitter le navire. J’ai aussi pris conscience que, plus le temps passe, et plus il devient difficile d’intégrer un nouvel équipage dans un autre paquebot, pour aller… là où un autre Commandant a décidé d’aller. Alors seulement j’ai envisagé sérieusement de renoncer à un certain confort et à cette supposée sécurité de l’emploi. J’ai ressorti de mes cartons quelques croquis de voiliers et décidé de passer du fantasme à la réalité : devenir mon propre capitaine. Le plus dur était fait: prendre cette décision que personne d’autre ne pouvait prendre à ma place, sauter cette barrière intérieure, dépasser cette conviction que la sécurité c’est de percevoir un salaire chaque mois. À partir de ce moment, je savais que le reste du parcours serait à ma portée. J’étais aussi conscient qu’il me faudrait surmonter des difficultés, débloquer des freins, mais ce que je voulais vraiment devenait possible.
Je sais aujourd’hui que la première condition de la réussite d’un projet d’entrepreneur, c’est de se faire confiance. C’est croire en ses capacités à barrer son propre dériveur jusqu’à bon port, quelles que soient les conditions, à saisir les bons vents, et à tracer sa propre route. Entreprendre, reprendre, seul ou associé, en portage, en entreprise individuelle ou en société, peut importe, c’est vouloir naviguer libre, tout simplement.
Patrick Cholat
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