A quelques jours du second tour de l’élection présidentielle la tentation est grande de confier les rennes de notre pays à un homme jeune et expérimenté, dynamique, protecteur, connaissant bien les grands patrons et les média de communication. Choisir Nicolas Sarkozy c’est d’abord choisir la sécurité, il est tellement entouré de gens sérieux. Même si ce qu’ils nous promettent aujourd’hui est différent de ce qu’ils ont fait depuis 5 ans, on a vraiment envie de se rassurer et de voter pour leur candidat. Pourquoi prendrait-on le risque d’accorder sa confiance à quelqu’un de moins expérimenté des rouages du gouvernement, qui parle d’une voix énervante, parfois maladroite, qui parle de politique participative, que les grands patrons ne supporteront pas, et qui, de plus, est une femme ! Cette femme aux attitudes parfois rigides, voire autoritaires peut même faire peur à certains…, alors qu’est-ce qui pourrait pousser un électeur qui a vu son favori recalé au premier tour à lui accorder sa voix ? Franchement ? Peut-être simplement l’envie que sa voix soit entendue, l’envie d’une autre représentativité, d’hommes et de femmes politiques qui fonctionnent différemment. Des élus qui débattent et travaillent ensemble sur des sujets essentiels, comme cela se passe souvent dans de petites communes, au-delà des consignes de partis politiques ou des clans, je le crois possible et je le souhaite. Il est aujourd’hui évident que l’UMP et son candidat, ne souhaitent pas cette évolution, forts de leurs moyens financiers, économiques, médiatiques et politiques, ils n’ont besoin de personne, (juste de notre voix !), et ils continuent tout naturellement à nous donner des gages de leur arrogance : Au nom de quelle logique avoir tenté de priver les électeurs d’un débat entre les finalistes de l’élection présidentielle et François Bayrou ? Contrairement à ce qui se dit, je ne crois pas que Nicolas Sarkozy ait fait explicitement pression pour que cette rencontre ne soit pas diffusée, je le crois suffisamment intelligent pour comprendre qu’une telle attitude serait interprétée comme une perte de contrôle et donc se retournerait contre lui. Mais alors qui et pourquoi ? Qu’est-ce qui motive ces amis zélés (Guillaume Sarkozy, Martin Bouygues, Jean-Pierre Elkabbach, Arnaud et Jean-Luc Lagardère, … et à l’étranger JW Bush, S. Berlusconi…)? Je ne pense pas que ces gens si puissants aient peur de Ségolène Royal, alors pourquoi soutiennent-ils Nicolas Sarkozy, quel intérêt en espèrent-ils ? Je crois qu’ils n’ont surtout pas envie qu’on vienne perturber le fonctionnement de leur club privé, auquel je n’ai pas le sentiment d’appartenir, ni même d’avoir été convié. Alors bien sûr Ségolène Royale n’est pas parfaite, elle devra encore évoluer, elle devra continuer à convaincre à l’intérieur de son propre parti , elle devra surtout prouver qu’elle sait vraiment dépasser le clivage gauche-droite, mais elle représente, à ce stade des échéances électorales, la seule opportunité d’évolution de la vie politique et de notre société . C’est donc sans peur et avec beaucoup plus de conviction et d’espoir que le 5 mai 2002, que je voterai Ségolène Royale le 6 mai prochain, en pensant déjà au 10 et 17 de juin.
Patrick Cholat
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